Méthodologie
Processus de collecte, de vérification et de publication des données relatives aux massacres et crimes de masse en République Démocratique du Congo depuis 1985
1. Mission et objectifs
La plateforme massacres.cd est une initiative du Ministère des Droits Humains de la République Démocratique du Congo, coordonnée par le PNPVDH (Programme National de Prévention des Violences et de Développement Humain). C'est un outil de souveraineté informationnelle au service de la vérité, de la justice et de la mémoire collective.
Objectifs stratégiques
- Documenter : centraliser et structurer les informations vérifiées sur les massacres et crimes de masse commis en RDC depuis 1985
- Mémoire : préserver la mémoire des victimes et des communautés affectées, conformément au devoir de mémoire de l'État
- Justice : soutenir les mécanismes de justice transitionnelle ainsi que les poursuites nationales et internationales
- Prévention : fournir des analyses factuelles pour informer les politiques de prévention des conflits
- Plaidoyer : constituer une référence certifiée pour les instances internationales (ONU, UA, CPI)
- Rapports internationaux : alimenter les rapports périodiques que la RDC adresse aux comités de surveillance des traités internationaux et régionaux relatifs aux droits de l'homme
- Transparence : mettre à disposition du public des données vérifiées, dans le respect de la dignité des victimes
2. Cadre de référence
La documentation des incidents s'appuie sur un corpus de sources officielles et de référentiels juridiques reconnus par la communauté internationale et par la République Démocratique du Congo.
Documents fondateurs
Institutions de référence
- BCNUDH : Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme
- MONUSCO : Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC
- CPI : Cour pénale internationale (situation RDC ouverte depuis 2004)
- CDH : Conseil des droits de l'homme des Nations unies
- CCPR : Comité des droits de l'homme des Nations unies, chargé du suivi du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
- CADHP : Commission africaine des droits de l'homme et des peuples
- CAfDHP : Cour africaine des droits de l'homme et des peuples
- CNDH : Commission nationale des droits de l'homme
- FONAREV : Fonds national de réparation des victimes
- HRW / Amnesty International : organisations internationales de droits humains
3. Définitions
Massacre
Meurtre intentionnel de cinq personnes ou plus, civils non armés ou hors de combat, dans un même lieu et un laps de temps court, perpétré par un groupe armé identifiable. Cette définition s'aligne sur les standards utilisés par le rapport Mapping des Nations unies.
Types d'événements documentés
- Massacre : meurtre de masse de civils (≥ 5 victimes) dans un contexte de conflit armé
- Tuerie ciblée : exécutions sommaires de victimes multiples, souvent liées à l'appartenance ethnique, politique ou communautaire
- Attaque contre la population civile : assaut armé délibéré contre des non-combattants
- Raid ou incursion : opération militaire brève avec victimes civiles documentées
- Violences sexuelles massives : viols systématiques utilisés comme arme de guerre
Catégories d'acteurs
Règle d'impartialité : aucun acteur n'est désigné nommément sur la plateforme publique, qu'il s'agisse d'une force de l'État ou d'un groupe non étatique. Seule sa catégorie est indiquée. Les informations détaillées sont conservées par le Ministère.
- Force étatique nationale
- Force étatique étrangère : armées de pays voisins intervenant en territoire congolais
- Mouvement rebelle
- Groupe armé non étatique
- Milice
- Groupe communautaire armé
- Auteur non identifié
Qualification juridique
Chaque incident est qualifié selon la terminologie du droit international humanitaire et du droit pénal international. En cas de doute, la qualification la plus basse est retenue :
- Crime de guerre (Statut de Rome, art. 8)
- Crime contre l'humanité (Statut de Rome, art. 7)
- Acte de génocide (Statut de Rome, art. 6)
- Violation grave du droit international humanitaire
- Violation des droits de l'homme
Cette qualification est provisoire et ne préjuge pas des décisions de justice. Conformément aux attributions confiées au Ministère des Droits Humains par l'ordonnance n° 25/293 du 15 décembre 2025, la plateforme ne se substitue ni aux cours et tribunaux ni aux procédures administratives prévues par la loi.
4. Sources et collecte
Types de sources acceptées
- Rapports d'organisations internationales : Nations unies (HCDH, MONUSCO, groupes d'experts), Human Rights Watch, Amnesty International, FIDH, MSF
- Documentation gouvernementale : livres blancs, rapports de commissions d'enquête, déclarations officielles du Gouvernement de la RDC
- Documents judiciaires : arrêts et décisions de la CPI, jugements des tribunaux militaires congolais
- Travaux académiques : publications universitaires revues par les pairs
- Presse : médias internationaux et nationaux reconnus (Reuters, AFP, Radio Okapi)
- Organisations de la société civile : ONG congolaises documentant les violations sur le terrain
- Témoignages : recueillis selon un protocole éthique strict garantissant la protection des témoins
Échelle de fiabilité des sources (note de 1 à 5)
5. Processus de vérification
Chaque incident suit un processus rigoureux en quatre étapes, inspiré du standard « suspicion raisonnable » du rapport Mapping des Nations unies.
Collecte initiale
Un analyste crée une fiche incident avec les informations disponibles. Statut « brouillon ».
Recherche de corroboration
Recherche systématique d'au moins deux sources indépendantes. Croisement des dates, des lieux, des victimes et des acteurs.
Validation par un vérificateur
Un vérificateur indépendant contrôle la cohérence, la qualité des sources et la conformité aux standards. Statut « vérifié ».
Publication
Un superviseur autorise la publication. Seules les informations non sensibles sont rendues publiques.
Statuts des incidents
6. Règles de publication
Informations publiées
- Date et période de l'événement (avec indication du degré de précision)
- Localisation : province, territoire, localité (géolocalisation si disponible)
- Description factuelle de l'événement
- Estimation du nombre de victimes (fourchette basse et haute)
- Catégories d'acteurs impliqués (sans nom individuel, sauf en cas de condamnation judiciaire)
- Sources publiques avec références vérifiables
- Qualification juridique provisoire (sans préjuger des décisions de justice)
- Contexte historique et période du conflit
Informations protégées (non publiées)
- Identité des témoins et des informateurs
- Détails permettant l'identification de personnes à risque
- Sources confidentielles et leurs coordonnées
- Informations non encore vérifiées
- Images violentes ou dégradantes pour la dignité des victimes
- Données internes de l'enquête en cours
7. Limites et précautions
Limites inhérentes à la documentation
- Exhaustivité : la base de données ne prétend pas couvrir l'intégralité des massacres commis en RDC. De nombreux événements restent non documentés.
- Précision des bilans : les estimations de victimes sont fondées sur les sources disponibles et présentées sous forme de fourchettes.
- Géolocalisation : la précision géographique varie selon les incidents (coordonnées GPS exactes pour certains, localité ou territoire pour d'autres).
- Attribution : l'identification des responsables repose sur les sources disponibles et peut évoluer avec de nouvelles informations.
- Période 1985–1993 : les données antérieures à mars 1993 sont moins documentées en raison de la rareté des sources fiables.
Recommandations pour une utilisation responsable
- Citer la plateforme comme source avec la date de consultation
- Mentionner les limites méthodologiques dans tout travail dérivé
- Ne pas utiliser les données à des fins de stigmatisation ethnique, communautaire ou politique
- Respecter la mémoire et la dignité des victimes dans toute utilisation publique
- Signaler toute erreur ou information complémentaire au moyen du formulaire ci-dessous
8. Droit de réponse et signalement
Conformément aux principes de transparence et d'équité, toute personne physique ou morale peut :
- Signaler une erreur : information inexacte, date erronée, localisation incorrecte
- Demander une correction : mise à jour d'informations obsolètes ou incomplètes
- Exercer un droit de réponse : apporter des éléments contradictoires ou complémentaires
- Demander un retrait : pour des raisons de sécurité concernant une personne identifiable
Formulaire de signalement
Votre demande a été transmise. Vous recevrez une réponse motivée sous 72 heures ouvrables.
Faire un autre signalement9. Contact
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